LA COURTE ECHELLE

Compte-Rendu de la Soirée-Débat du 29 novembre sur l'Intégration Scolaire


Commentaires, additions, etc. à reflet@reflet21.org

Une première réaction de Chantal Mabon, des relais Kangourous


Cette soirée avec débat a été organisée conjointement avec le SNUIPP.
Pendant la journée, un stage de formation sur la scolarisation des enfants et adolescents handicapés a réuni des enseignants et des spécialistes de ces questions.

Présentation de la soirée par J. Mechoud (Handicap International, Programme France), secrétaire de la Courte-Echelle

Bonsoir à tous et bienvenue à notre soirée débat.

L'intégration des enfants handicapés à l'école n'est pas un problème nouveau mais il est certain qu'il a pris une acuité particulière au cours de ces dernières années.
Dans le département du Rhône, les associations de personnes handicapées, les associations de parents réfléchissent et agissent depuis déjà de nombreuses années pour mettre en oeuvre cette intégration.
Depuis 1996, et ce à l'initiative de l'APAJH, les associations du Rhône se sont regroupées dans un collectif dont la mission est de regrouper des compétences et des moyens en vue de promouvoir des actions favorisant l'intégration des personnes handicapées et d'assurer la création, la gestion, le développement et la pérennisation sur le département du Rhône de services assurant l'accompagnement individuel et/ou collectif d'enfants, d'adolescents ou de jeunes adultes handicapés dans le cadre de leur intégration scolaire ou universitaire. C'est ce collectif d'associations, qui s'est lui même constitué en association sous le nom de la Courte Echelle, qui vous invite ce soir à cet échange.
Cette soirée nous l'avons dénommée : Regards croisés : Les attentes des parents, les demandes des enseignants. En effet profitant de l'organisation aujourd'hui dans cette même Bourse du travail par le SNUIPP, d'une journée de réflexion destinée aux enseignants sur ce thème de l'intégration, nous savions pouvoir compter sur la présence de nombre d'entre eux. Nous vous avons donc invités, vous parents ,à venir échanger avec eux.. persuadés que nous sommes que l'échange, la confrontation des points de vue sont source de richesse et d'action.
En organisant cette soirée nous ne voulons pas nous arrêter au constat des difficultés ou des manques. Nous aurons sans doute l'occasion de les évoquer et ils sont nombreux : j'en cite quelques uns en vrac : allègement des effectifs, manque de moyens humains et matériels, services de soutien insuffisants, voire inexistants, mais il nous appartient aussi d'être force de proposition pour développer et favoriser l'intégration. Notre débat de ce soir voudrait apporter des éléments de réponse à la question fondamentale :
- "pourquoi et comment intégrer ? " et " quelles sont les conditions pour qu'une intégration soit réussie ?
L'intégration est une chance pour les enfants handicapés, c'est vrai mais elle est aussi une chance pour notre société dans la mesure ou elle nous apprend à vivre ensemble dans la différence.
Voilà le débat est lancé et je laisse le soin à des enseignants de nous parler de leur propre expérience d'intégration.

Résumé des travaux des enseignants

Questions et commentaires des participants

(Modératrice/Animatrice : Odile Baton)

Synthèse de l’intervention du Professeur Charles GARDOU, Directeur du Département des Sciences de l’Education à L’Université Lumière Lyon 2, Président du Collectif de Recherche " Situations de handicap, Education, Sociétés " (CRHES / Université Lumière Lyon 2).

Comment impulser le mouvement intégratif ? Comment dynamiser les structures ? Comment éveiller la conscience de chacun ? Comment résister à la culture ambiante, qui, souvent encore, n’accorde aux plus vulnérables qu’un droit de cité marginal ? Faut-il, par la loi, contraindre les établissements scolaires à intégrer ? Peut-on croire aux effets de moyens nouveaux sans agir en profondeur sur la culture ? Quels sont les changements de modes de penser et d’agir à même de provoquer une révolution culturelle pacifique ? Quelles sont les voies obligées pour accompagner cette mutation fondamentale ?

La première voie est celle de la pleine reconnaissance de la variabilité individuelle des enfants affectés par une déficience. Une erreur, entretenue par nos représentations et toujours renouvelée, consiste à considérer qu’ils constituent un groupe homogène. On occulte alors leurs capacités originales, au profit de comparaisons ou de classifications hasardeuses et tout se passe comme si leur destin scolaire était préalablement dessiné.

La deuxième voie, celle de la flexibilité des itinéraires éducatifs, s’articule étroitement à la précédente. Elle invite à passer de la logique de la place à celle de la trajectoire et à considérer plutôt l’enfant dans une trajectoire en mouvement, avec une équipe, un projet, un parcours éducatif. La mosaïque des besoins implique la pluralité des itinéraires et des formes, c’est-à-dire des parcours personnalisés, évolutifs, souples, dans le milieu le moins restrictif possible.

Mais cette flexibilité n’exclut pas la continuité éducative et pédagogique, qui constitue la troisième voie. On ne traite pas l’enfant handicapé à égalité avec les autres lorsque, par des décisions arbitraires, on provoque des ruptures dans son parcours. On ne fait, au contraire, qu’intensifier sa vulnérabilité et entraver son devenir. On n’assure pas non plus la continuité par des pratiques en trompe-l’œil, où l’enfant handicapé, présent physiquement dans une classe, demeure privé de toute occasion de participation et d’apprentissage.

L’entrecroisement des regards et des compétences représente la quatrième voie. L’efficacité des pratiques s’évanouit souvent en un traitement parcellisé : d’où la nécessité de passer de la logique des cloisons à celle des passerelles. Au compartimentage, l’intégration exige de substituer l’action d’un plateau pluridisciplinaire de professionnels, aux cultures, aux ressources, aux missions et aux modes de fonctionnement différents, ce qui sous-tend de profondes évolutions à la fois des pratiques institutionnelles et de la fonction enseignante elle-même. Ce qui implique simultanément la réaffirmation du rôle unique et inégalable de la famille.

La cinquième voie est celle d’une promotion résolue des ressources individuelles, même les plus ténues. En effet, la résignation, la désespérance guettent les enseignants, tentés de se représenter l’enfant en négatif, de se polariser sur son déficit objectif, de sombrer in fine dans le fatalisme face à la lenteur de ses progrès et à l’incertitude de son avenir. Or, rien ne peut pourtant aboutir, dans l'action pédagogique auprès d’un enfant en difficulté, sans espérances exagérées.

La sixième voie passe par un droit fondamental, qui découle de celui d’intégration et donne corps à la proclamation européenne du principe de non-discrimination, contenue dans l’article 13 du Traité d’Amsterdam : c’est le droit à la compensation, qui recouvre, non seulement les aides humaines ou techniques, les dispositions environnementales, mais également l’ensemble des adaptations éducatives et pédagogiques. Il appartient à l’école de le traduire en actes, afin de permettrent aux enfants en situation de handicap de trouver durablement leur place dans l’école et d’en tirer profit. Ce droit procède concrètement de la capacité de l’enseignant à ajuster les programmes, les méthodes et les démarches ; à aménager les rythmes pour faciliter la construction des savoirs ; à imaginer sans cesse de nouveaux plans pédagogiques inclinés.

La septième voie vise la conciliation entre les ambitions éducatives et les objectifs scolaires, afin de prévenir les deux excès susceptibles de compromettre le processus intégratif. On peut, d’un côté, socialiser sans enseigner : à trop prendre en compte le handicap, on désinvestit le scolaire, pour privilégier les seuls apprentissages relationnels. A l’inverse, on peut enseigner sans socialiser : en ce cas, on nie le handicap et les difficultés réelles qui lui sont liées, pour n’admettre que le savoir. Socialisation et acquisition de savoirs fondamentaux sont indissociables. A disjoindre ces dimensions, naturellement imbriquées, et à négliger l’une d’elles, on compromet la réussite de l’intégration scolaire que l’on prétend servir, en brouillant son image.

Si l’on attend de l’école qu’elle enseigne et socialise, on espère aussi qu’elle s’ouvre plus largement. Or, quelle aide lui offre-t-on pour réussir ce pari qui la concerne dans son entier, de la maternelle à l’université ? Cette question déterminante de la formation représente la huitième voie. La scolarisation des élèves handicapés sollicite des compétences professionnelles avérées, dépassant le dévouement, la vocation ou l’œuvre de bienfaisance. On ne peut continuer ni à considérer les maîtres comme des missionnaires laïcs, ni à oublier les difficultés concrètes inhérentes à l’intégration, donnant aux enseignants l’impression d’assumer un rôle qui dépasse leur métier. Il y a urgence à former un enseignant professionnel et médiateur de l’intégration : la simple sensibilisation, le bricolage informatif n’y suffisent pas.

" N’écoutez pas ce qu’ils disent, regardez ce qu’ils font ". Cette belle phrase de Bergson indique la dernière voie, qui détermine toutes les précédentes : c’est celle de la congruence entre les intentions, les textes, les recommandations et leur traduction concrète dans la réalité. Si les discours brillent par leur générosité, la mise en actes reste trop pâle et défaillante. Quelle est la crédibilité d’une école qui, en même temps, exclut et se dit contre l’exclusion ? Peut-on continuer à accepter que l’accueil des enfants handicapés en milieu ordinaire reste encore l’affaire de l’opiniâtreté des parents et de la bonne volonté de quelques enseignants ? Qu’est-ce qui autorise a priori à priver un enfant de fréquenter l’école, avec les aides requises ? A quel titre un établissement scolaire peut-il s’exonérer de sa mission d’accueil ?

Nous ne pouvons pas espérer réussir l’intégration scolaire sans susciter cette profonde transformation culturelle, qui consiste à triompher de la fragmentation qui organise aujourd’hui notre matrice culturelle, en menaçant notre unité.

Conclusions : Jean-Marc Richard, Président de la Courte-Echelle

Mesdames, Messieurs,

Je voudrais remercier tous les participants à cette soirée, en particulier Emmanuel Guichardaz qui nous a beaucoup aidé pour l'organiser, les orateurs, et ceux qui se sont exprimés dans la salle.

Je salue aussi la présence de représentants d'administrations et de collectivités locales, ainsi que de membres d'associations amies.
Un résumé des interventions pourra être consulté sur le site internet de la Courte Echelle, qui est hébergé par http://www.reflet21.org

C'est l'occasion pour moi de vous présenter la Courte Echelle, un regroupement d'un quinzaine d'associations, pour agir en commun pour les problèmes d'intégration scolaire. Il s'agit de

et bientôt, Les Relais Kangourous.

Comme vous le voyez, presque toutes les formes de handicap sont représentées. Il y a de très puissantes associations, qui gèrent de gros établissements, et des plus modestes, qui peuvent réunir leur Conseil d'Administration dans une cabine téléphonique. Mais les petites associations ont besoin des grosses pour faire aboutir leurs projets, et les grosses des petites pour stimuler le débat des idées.

D'autres associations sont bienvenues, soit pour rejoindre la Courte Echelle, soit pour nouer un partenariat.

La Courte Echelle a d'ailleurs été l'occasion de mieux nous conna”tre, nous qui représentons des cultures différentes et des handicaps différents. Le mérite en revient pour une grande part à Roger Arcel, premier président de la Courte Echelle, qui a su réunir tout le monde.

Du temps du précédent gestionnaire du service d'auxiliaires d'intégration, appelés maintenant << auxiliaires de vie scolaire >>, nous avons su faire preuve de vigilence, et dénoncer à temps les dysfonctionnements. Si les pouvoirs publics et la FNASEPH avaient réagi plus tôt à nos mises en garde, nous aurions pu gagner au moins un an, et épargner l'inquiétude des parents.

Avec l'ADPEP, qui a courageusement repris le service AVS sinistré, nous avons bien-sér des rapports plus constructifs. Mais nous gardons notre esprit critique, et c'est notre rôle de faire remonter les revendications des parents, et de les représenter partout o le devenir scolaire de leurs enfants est en jeu.

Pour terminer, je voudrais remercier les enseignants qui prennent à bras le corps le problème de l'insertion des handicapés. Chaque cas est difficile, mais l'enjeu est globalement accessible pour cette puissante administration qu'est l'Education Nationale, qui après tout, bénéficie d'un très gros budget, et d'un personnel très qualifié.

Dans le passé, l'Education Nationale, qui s'appelait Instruction Publique, a su relever des défis d'une autre ampleur, par exemple, celui de d'offrir un cursus scolaire approprié à tout le monde, y compris aux plus pauvres.

Un des pionniers était l'instituteur Louis Germain, qui préparait gratuitement, le soir après l'école, pour l'examen d'entrée en sixième, ceux qui ne pouvaient recevoir d'aide à la maison. Le retraité Louis Germain, dans une lettre à l'un ses anciens, ne justifiait pas son dévouement dans la réussite ultérieure de l'élève, devenu très célèbre, mais dans son " plaisir d'être en classe, qui éclatait de toutes parts". Il s'agissait d'Albert Camus, qui venait de recevoir le prix Nobel. Pour les jeunes handicapés, c'est la même chose, il faut d'abord penser au plaisir qu'ils ont d'être à l'école, avec les autres enfants.